
En résumé :
- Votre droit de révocation est de 14 jours, non pas après la signature, mais après la réception de la police d’assurance.
- Toute omission, même non intentionnelle, sur le questionnaire de santé peut entraîner l’annulation du contrat et le refus de prestations.
- La couverture ne commence pas à la signature, mais à la date d’effet. Un trou de garantie est un risque réel.
- La loi vous protège contre les hausses de prime et les contrats de longue durée, mais vous devez agir dans des délais stricts.
La signature d’une police d’assurance en Suisse est un moment décisif, souvent perçu comme un simple engagement administratif. Pourtant, cet acte vous lie juridiquement à des conditions complexes, régies par la Loi fédérale sur le Contrat d’Assurance (LCA). Beaucoup d’assurés découvrent trop tard les subtilités qui peuvent transformer une protection espérée en un piège financier. Ils se fient à l’idée répandue qu’un simple courrier recommandé suffit à se défaire d’un contrat, ou que le fameux délai de 14 jours est une porte de sortie universelle et sans condition.
La réalité juridique est plus nuancée et exige une vigilance de tous les instants. Un contrat peut être rendu nul pour une simple case mal cochée sur un questionnaire de santé des années auparavant. Un sinistre peut survenir dans un « trou de garantie », cette période délicate entre la signature et la prise d’effet réelle de votre couverture, vous laissant sans aucune protection. Ces situations ne sont pas des cas d’école ; elles constituent une part non négligeable des litiges, comme en témoignent les plus de 3078 cas traités en 2024 par l’Ombudsman de l’assurance privée.
Cet article n’a pas pour vocation de répéter les droits que vous pensez connaître. Son objectif est de vous armer, en tant qu’assuré, d’une compréhension légale et protectrice. Nous allons déconstruire les mécanismes de la LCA, non pas comme une liste de règles, mais comme un manuel stratégique. L’angle n’est pas de savoir que vous avez des droits, mais de maîtriser les procédures exactes pour les exercer sans faille et d’anticiper les pièges dans lesquels votre silence ou une simple négligence pourrait être interprété contre vous. C’est en comprenant le « comment » et le « pourquoi » des obligations de chaque partie que vous transformerez votre contrat d’assurance d’un engagement subi à un pacte de protection activement maîtrisé.
Pour vous guider à travers les aspects cruciaux de votre engagement contractuel, cet article est structuré pour répondre aux questions et aux doutes les plus fréquents des assurés en Suisse.
Sommaire : Vos droits et obligations en assurance selon la LCA suisse
- Délai de 14 jours : comment annuler valablement une police d’assurance juste après la signature ?
- Pourquoi une omission sur le questionnaire de santé peut rendre votre contrat nul et non avenu ?
- Début de couverture : comment éviter le trou de garantie entre la signature et la prise d’effet réelle ?
- L’erreur de conclure un nouveau contrat sans avoir reçu la confirmation de résiliation de l’ancien
- Quand votre silence vaut acceptation pour une nouvelle année de cotisation (et comment l’interrompre) ?
- Quand envoyer votre lettre de résiliation pour respecter la Loi sur le Contrat d’Assurance (LCA) ?
- L’erreur d’accepter un contrat de 5 ans pour économiser 20 CHF (le piège de la durée) ?
- Exiger la transparence tarifaire : comment savoir ce que vous payez réellement pour le risque vs les frais administratifs ?
Délai de 14 jours : comment annuler valablement une police d’assurance juste après la signature ?
Le droit de révocation est votre premier filet de sécurité après la signature d’un contrat. Cependant, sa validité repose sur une compréhension stricte de ses modalités. La croyance commune fixe le point de départ du délai de 14 jours à la date de signature ; c’est une erreur potentiellement coûteuse. Juridiquement, le délai ne commence à courir qu’à partir du moment où vous recevez la police d’assurance, ses conditions générales et la fiche d’information légale. C’est cette réception qui matérialise votre pleine connaissance de l’engagement.
La révision de la LCA de 2022 a assoupli la forme de la révocation : une simple forme textuelle (un courriel, par exemple) est désormais suffisante. Toutefois, en tant que votre conseil, je vous impose la plus grande prudence. En cas de litige, le fardeau de la preuve de l’envoi dans les délais vous incombe. Un simple email peut être contesté par l’assureur, qui peut prétendre ne jamais l’avoir reçu. La seule méthode qui vous confère une preuve irréfutable est le courrier recommandé, dont le cachet de la poste fait foi. Votre parole contre la leur ne pèse rien ; un récépissé postal est un fait juridique.
Cette révocation n’a pas à être motivée. Vous n’avez aucune justification à fournir. L’exercice de ce droit entraîne l’annulation rétroactive du contrat, comme s’il n’avait jamais existé. Si une première prime a déjà été versée, l’assureur est tenu de vous la rembourser intégralement, à l’exception éventuelle d’une part couvrant les frais pour une note de couverture provisoire si vous en avez bénéficié. Ne prenez aucun risque avec la procédure ; la forme est la gardienne de votre droit.
Votre plan d’action pour une révocation sans faille
- Vérification du délai : Confirmez que vous êtes bien dans les 14 jours suivant la date de réception de la police, et non de sa signature. Conservez l’enveloppe ou la preuve de livraison.
- Rédaction écrite : Rédigez un courrier ou un email clair et sans ambiguïté mentionnant votre volonté de révoquer le contrat n°[Votre numéro de police].
- Envoi avec preuve : Envoyez votre révocation par courrier recommandé (Einschreiben). C’est le cachet de la poste qui fait foi pour le respect du délai, pas la date de réception par l’assureur.
- Archivage des preuves : Conservez précieusement une copie de votre lettre ainsi que le récépissé de l’envoi recommandé.
- Médiation en cas de litige : Si l’assureur conteste la validité de votre révocation, contactez immédiatement l’Ombudsman de l’assurance privée pour une médiation gratuite avant d’engager toute procédure judiciaire.
Pourquoi une omission sur le questionnaire de santé peut rendre votre contrat nul et non avenu ?
Le questionnaire de santé est la pierre angulaire des assurances de personnes (vie, invalidité, complémentaire santé). Il ne s’agit pas d’une formalité, mais de la base sur laquelle l’assureur évalue son risque et fixe votre prime. Toute inexactitude, même si elle vous semble mineure ou non intentionnelle, est qualifiée juridiquement de « réticence ». Les conséquences sont redoutables et définies sans ambiguïté par la loi.
En cas de découverte d’une réticence, la loi offre un droit de résiliation à l’assureur. Comme le stipule clairement l’article 6 alinéa 1 de la LCA, l’assureur peut se départir du contrat. En voici la teneur :
Si l’assureur découvre une réticence, il est en droit de résilier le contrat dans les 4 semaines suivant sa découverte — et de refuser les prestations pour les sinistres déjà survenus
– Article 6 alinéa 1 de la LCA, Loi fédérale sur le Contrat d’Assurance
Cette disposition signifie deux choses : non seulement le contrat est annulé pour l’avenir, mais surtout, l’assureur peut refuser de couvrir un sinistre qui s’est déjà produit si celui-ci est lié à l’information omise. Imaginez avoir payé des primes pendant des années pour une assurance invalidité, puis, au moment de la solliciter, vous voir opposer un refus pour une consultation médicale oubliée dix ans plus tôt. C’est le risque concret de la réticence.
Cependant, le fardeau de la preuve pèse sur l’assureur. Il doit non seulement prouver l’omission, mais aussi qu’il n’aurait pas conclu le contrat, ou l’aurait fait à d’autres conditions, s’il avait eu connaissance du fait. De plus, son droit de résiliation est strictement encadré : il doit l’exercer dans les quatre semaines suivant la découverte de la réticence. Passé ce délai, il est déchu de son droit. Le Tribunal Fédéral a d’ailleurs renforcé la protection de l’assuré dans un arrêt clé, confirmant que si une information a été fournie, même de manière imparfaite par le passé, l’assureur ne peut invoquer une réticence des années plus tard.
Arrêt du Tribunal Fédéral 9C_380/2018 : le fardeau de la preuve incombe à l’assureur
Dans cette affaire, une assurée avait mentionné un problème de genou dans son premier questionnaire en 1995, mais pas dans les suivants. Lorsque l’assureur Helvetia a tenté de résilier le contrat pour réticence en 2014, le Tribunal Fédéral a donné raison à l’assurée. Les juges ont estimé que l’assureur, ayant été informé du problème dès l’origine, ne pouvait prétendre l’avoir découvert tardivement. Ce jugement fondamental confirme que l’assureur doit agir avec diligence et ne peut se prévaloir de sa propre négligence pour pénaliser l’assuré.
Début de couverture : comment éviter le trou de garantie entre la signature et la prise d’effet réelle ?
Une confusion fréquente chez les assurés est de croire que la signature de la proposition d’assurance déclenche immédiatement la couverture. C’est une erreur qui peut vous laisser exposé à un risque majeur : le « trou de garantie ». En droit suisse des assurances, plusieurs dates jalonnent la naissance d’un contrat, et seule l’une d’entre elles marque le début effectif de votre protection. Il est impératif de les distinguer pour ne subir aucun préjudice.
La couverture d’assurance ne commence qu’à la « date d’effet », explicitement mentionnée dans la police. Cette date peut être fixée plusieurs jours, voire semaines, après la date de signature ou la date d’émission du document par l’assureur. Pendant cet intervalle, si un sinistre survient, vous n’êtes pas couvert. Pour les assurances cruciales comme une RC véhicule, qui est obligatoire pour l’immatriculation, ou une assurance perte de gain, cet intervalle de non-couverture est inacceptable.
La solution pour combler ce vide juridique existe : il s’agit de la note de couverture provisoire. Ce document, que vous devez exiger explicitement de l’assureur ou du courtier au moment de la signature de la proposition, atteste que vous êtes couvert immédiatement, en attendant l’émission de la police définitive. C’est un droit, et son obtention doit être une condition sine qua non de votre engagement. De plus, la validité de la couverture est souvent conditionnée au paiement de la première prime. Un retard de paiement peut autoriser l’assureur à suspendre sa prestation, même si le contrat est signé et la date d’effet atteinte. Soyez donc doublement vigilant : exigez une couverture provisoire et acquittez-vous de la première prime sans délai.
Le tableau suivant, basé sur une analyse des étapes contractuelles, clarifie le rôle et l’impact de chaque date clé.
| Date | Définition | Impact sur la couverture | Preuve nécessaire |
|---|---|---|---|
| Date de proposition | Date d’envoi de votre demande à l’assureur | Aucun effet juridique direct | Accusé de réception recommandé |
| Date de signature | Date où vous acceptez l’offre de l’assureur | Début du délai de révocation de 14 jours | Police signée ou confirmation email |
| Date d’émission | Date où l’assureur établit la police définitive | Document contractuel opposable | Réception de la police par courrier |
| Date d’effet | Date de début effectif de la couverture | Couverture active uniquement à partir de cette date | Attestation d’assurance (pour RC véhicule) |
L’erreur de conclure un nouveau contrat sans avoir reçu la confirmation de résiliation de l’ancien
Dans la quête d’une meilleure prime ou de meilleures prestations, il est tentant de signer rapidement une nouvelle offre d’assurance. C’est cependant l’une des erreurs les plus courantes et les plus coûteuses : se retrouver avec deux contrats actifs pour le même risque, et donc deux primes à payer. Cela se produit lorsque la résiliation de l’ancien contrat n’est pas acceptée par l’assureur initial, souvent pour un vice de forme ou un délai de préavis non respecté.
Le principe juridique est simple : un contrat valablement conclu vous engage. Si votre ancienne assurance refuse votre résiliation et que vous avez déjà signé la nouvelle, vous êtes légalement tenu de payer les deux primes. L’argument de la « double assurance » n’est pas un motif de résiliation automatique. Pour éviter ce piège, une stratégie rigoureuse est non seulement recommandée, mais nécessaire. Ne résiliez jamais votre ancien contrat avant d’avoir obtenu une offre ferme et écrite du nouvel assureur, confirmant son acceptation de vous couvrir aux conditions proposées.
La manœuvre la plus protectrice est la résiliation conditionnelle. Dans votre lettre de résiliation à l’ancien assureur, formulez clairement que votre résiliation est conditionnée à l’acceptation de votre dossier par la nouvelle compagnie. Mieux encore, mandatez par écrit votre nouveau courtier ou assureur pour qu’il gère la transition. Il engage ainsi sa responsabilité professionnelle pour s’assurer que la résiliation est effectuée dans les règles de l’art et que la nouvelle couverture prend le relais sans trou de garantie ni chevauchement. La transition entre deux assureurs est une opération juridique délicate qui ne tolère aucune improvisation.
Cette approche méthodique est votre seule garantie contre le paiement de primes superflues. En cas de problème, le droit de révocation de 14 jours sur le nouveau contrat peut agir comme un ultime filet de sécurité, à condition que vous soyez informé rapidement du refus de résiliation de l’ancien assureur. La coordination et l’anticipation sont les maîtres-mots.
Quand votre silence vaut acceptation pour une nouvelle année de cotisation (et comment l’interrompre) ?
La plupart des contrats d’assurance en Suisse sont soumis à une reconduction tacite. Cela signifie que si vous ne manifestez pas votre volonté de résilier dans les délais impartis (généralement avec un préavis de trois mois avant l’échéance annuelle), votre contrat est automatiquement renouvelé pour une année supplémentaire. Votre silence est juridiquement interprété comme une acceptation. Les assureurs n’ont aucune obligation légale de vous notifier l’approche de cette échéance. La charge de la vigilance vous incombe entièrement.
Cependant, ce principe de reconduction tacite n’est pas absolu. La loi a prévu des garde-fous pour protéger l’assuré contre des modifications unilatérales du contrat. Toute modification en votre défaveur par l’assureur brise le statu quo et vous ouvre un droit de résiliation extraordinaire. Le cas le plus fréquent est l’augmentation de la prime. Si votre assureur vous informe d’une hausse tarifaire, il doit obligatoirement le faire par écrit et mentionner votre droit de résilier le contrat dans un délai précis. Selon la révision de la LCA, toute modification de contrat ouvre un droit de résiliation extraordinaire pour l’assuré.
Ce droit s’applique également en cas de réduction des prestations ou après un sinistre. C’est une arme puissante, car elle vous permet de vous délier du contrat même en dehors de l’échéance ordinaire. Pour l’exercer, vous devez agir dans le délai communiqué par l’assureur. Votre inaction, dans ce cas précis, vaudrait acceptation des nouvelles conditions. Il est donc crucial d’examiner attentivement toute communication de votre assurance, particulièrement l’avis de prime annuel. Une petite hausse de tarif peut être la clé qui vous libère d’un contrat dont vous n’êtes plus satisfait.
Le tableau suivant, qui s’appuie sur les clarifications de l’Association Suisse d’Assurances (ASA), résume vos droits face aux obligations de l’assureur.
| Situation | Obligation de l’assureur | Droit de l’assuré | Délai d’action |
|---|---|---|---|
| Échéance annuelle | Aucune obligation légale de prévenir | Résiliation ordinaire avec préavis de 3 mois | 3 mois avant l’échéance |
| Hausse de prime | Notification écrite obligatoire avec mention du délai de résiliation | Résiliation extraordinaire | Selon délai indiqué par l’assureur |
| Modification des prestations | Information préalable obligatoire | Résiliation extraordinaire même hors échéance | Dès réception de la notification |
| Contrat de plus de 3 ans | Aucune obligation spécifique | Droit de résiliation pour la fin de la 3ème année (Art. 29 al. 3 LCA) | Préavis de 3 mois avant fin 3ème année |
Quand envoyer votre lettre de résiliation pour respecter la Loi sur le Contrat d’Assurance (LCA) ?
La résiliation d’un contrat d’assurance est un acte juridique formel qui ne souffre aucune approximation. Le timing est tout aussi crucial que le contenu de votre lettre. Pour une résiliation ordinaire, la règle est simple mais stricte : votre lettre doit parvenir à l’assureur au plus tard le dernier jour ouvrable avant le début du préavis de trois mois. Concrètement, pour un contrat arrivant à échéance le 31 décembre, votre résiliation doit être reçue avant le 30 septembre. Pour éviter toute contestation, visez un envoi autour du 15 septembre.
Encore une fois, la preuve de réception est de votre ressort. L’envoi par courrier recommandé (Einschreiben) n’est pas une option, c’est une nécessité. C’est la date de réception par l’assureur qui est déterminante, et non la date d’envoi (contrairement au droit de révocation). Si votre lettre arrive un jour trop tard, l’assureur est en droit de la refuser, et votre contrat sera reconduit pour une année supplémentaire.
Pour les résiliations extraordinaires (suite à une hausse de prime, un sinistre, etc.), le délai est généralement plus court et spécifié par l’assureur dans sa notification. Vous devez agir avec une réactivité accrue. La forme de la lettre reste la même, mais le motif doit être clairement énoncé. Une lettre de résiliation conforme doit contenir des éléments précis pour être juridiquement inattaquable. Voici la structure à adopter :
- Vos coordonnées complètes et le numéro de police d’assurance concerné.
- Un objet clair, par exemple : « Résiliation ordinaire du contrat d’assurance n° [X]« .
- Le corps du message doit être sans équivoque : « Par la présente, je vous notifie la résiliation de mon contrat d’assurance susmentionné pour sa prochaine échéance, soit le [date précise de fin de contrat], dans le respect du délai de préavis légal.«
- En cas de résiliation extraordinaire, précisez le motif : « Suite à la hausse de prime notifiée le [date], j’exerce mon droit de résiliation extraordinaire.«
- Concluez en exigeant une confirmation : « Je vous prie de bien vouloir me confirmer par écrit la bonne réception de cette résiliation et sa date de prise d’effet.«
- La lettre doit être datée et signée.
Cette rigueur procédurale n’est pas de la simple bureaucratie. C’est le seul moyen de vous assurer que votre volonté de mettre fin au contrat est respectée et de vous prémunir contre toute mauvaise surprise.
À retenir
- Le droit suisse des assurances, via la LCA, est fondamentalement protecteur pour l’assuré, mais cette protection n’est effective que par une action proactive et informée.
- Les délais sont vos alliés ou vos ennemis : le délai de révocation (14 jours), de préavis (3 mois), ou d’action après une notification (souvent 30 jours) doivent être maîtrisés.
- La preuve est reine : chaque communication importante (révocation, résiliation) doit faire l’objet d’un envoi par courrier recommandé pour être juridiquement incontestable.
L’erreur d’accepter un contrat de 5 ans pour économiser 20 CHF (le piège de la durée) ?
Les assureurs proposent souvent des contrats pluriannuels (3, 5, voire 10 ans) en échange d’une modeste réduction de prime. L’offre peut paraître alléchante : une économie immédiate contre un engagement sur le long terme. C’est un calcul dangereux qui ignore le coût d’opportunité. Le marché de l’assurance est dynamique ; les offres et les tarifs évoluent. Vous bloquer pour plusieurs années pour une économie dérisoire peut vous faire perdre bien plus que vous ne pensez gagner.
Heureusement, la révision de la LCA a introduit un garde-fou majeur contre ces engagements à durée indéterminée. Auparavant, un contrat de 5 ans vous liait pour 5 ans. Aujourd’hui, comme le précise l’Association Suisse d’Assurances, l’article 29 alinéa 3 de la LCA stipule que « les assurés peuvent également mettre un terme aux contrats longue durée à la fin de la troisième année d’assurance« . Cela s’applique à tout contrat de plus de trois ans. Vous disposez donc d’une fenêtre de sortie légale à la fin de la troisième année, en respectant le préavis de trois mois. Votre contrat de 5 ans est en réalité un contrat de 3 ans avec une option de prolongation.
Cette disposition légale change radicalement le calcul. Le risque de rester prisonnier d’un contrat non compétitif est considérablement réduit. Néanmoins, la question de la pertinence de l’économie initiale demeure. Est-ce que 20 ou 50 CHF d’économie par an justifient de renoncer à la flexibilité de pouvoir changer d’assureur chaque année ? Dans la majorité des cas, la réponse est non. La liberté de s’adapter aux meilleures offres du marché a une valeur bien supérieure.
Calcul du coût d’opportunité d’un contrat de 5 ans
Imaginons un assuré qui souscrit une assurance véhicule pour 5 ans avec une réduction de 20 CHF/an, soit une économie totale de 100 CHF. Après deux ans, un concurrent propose une police équivalente pour 150 CHF de moins par an. Grâce à la nouvelle LCA, il peut résilier son contrat à la fin de la 3ème année (avec préavis). Il bénéficie donc des 20 CHF de rabais pendant 3 ans (60 CHF) et peut ensuite changer pour économiser 150 CHF par an pour les années 4 et 5. Sans cette loi, il aurait été bloqué 2 ans de plus avec son ancien contrat, perdant ainsi 300 CHF (2 x 150 CHF) pour une économie initiale de 100 CHF, soit une perte nette de 200 CHF.
Exiger la transparence tarifaire : comment savoir ce que vous payez réellement pour le risque vs les frais administratifs ?
Un contrat d’assurance n’est pas un produit monolithique. La prime que vous payez se décompose en plusieurs parties : la prime de risque (qui couvre le sinistre), les frais administratifs de la compagnie, et la commission du courtier. Pour les produits de prévoyance (3ème pilier), s’ajoutent des frais de gestion sur les supports d’investissement. Cette structure de coûts est souvent opaque, et il est de votre droit, et de votre intérêt, d’exiger une transparence totale avant de signer.
Pour les produits complexes comme les assurances vie liées à des fonds (pilier 3a/3b), la FINMA (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers) impose la remise d’une fiche d’information produit détaillée (KID – Key Information Document). Ce document est votre meilleur outil. Il doit détailler l’ensemble des frais (d’entrée, de gestion, de sortie) et leur impact projeté sur votre capital à terme. Ne signez jamais un tel produit sans avoir lu et compris ce document.
N’hésitez jamais à poser des questions directes à votre conseiller ou courtier. « Quelle est votre commission exacte sur ce produit ? », « Pouvez-vous me détailler la part des frais administratifs dans ma prime annuelle ? », « Quel est le tableau de la valeur de rachat de ce contrat année par année ? ». Un conseiller transparent et professionnel doit être en mesure de répondre à ces questions. Un refus ou une réponse évasive est un signal d’alarme majeur. En cas de litige sur des frais non divulgués ou abusifs, l’Ombudsman de l’assurance est un recours efficace, avec un taux de succès des interventions de 62% en faveur des assurés.
Comprendre ce que vous payez est la première étape pour évaluer la justesse d’un contrat. Une prime basse peut cacher des frais élevés qui grèvent le rendement de votre épargne, ou une couverture de risque si faible qu’elle en devient inutile. La transparence n’est pas une faveur que l’on vous accorde, c’est un droit que vous devez exercer pour prendre une décision éclairée et protéger votre patrimoine.
En définitive, la maîtrise de votre contrat d’assurance repose sur une vigilance constante et une connaissance précise des mécanismes de la LCA. Pour toute décision, assurez-vous de disposer de l’ensemble des informations contractuelles et n’hésitez pas à solliciter un avis juridique indépendant pour valider vos démarches.
Questions fréquentes sur le droit des assurances en Suisse
Suis-je couvert dès la signature du contrat d’assurance ?
Non, pas automatiquement. La couverture débute à la date d’effet mentionnée dans la police, qui peut être postérieure à la signature. Pour une couverture immédiate, vous devez exiger une note de couverture provisoire au moment de la signature.
Que se passe-t-il si je n’ai pas encore payé la première prime ?
Selon la LCA, le non-paiement de la première prime peut suspendre le début de la couverture, même si le contrat est signé. L’assureur doit vous envoyer une sommation avec un délai de 14 jours. Durant ce délai de sommation, aucune prestation ne sera versée en cas de sinistre.
Comment obtenir une note de couverture provisoire ?
Vous devez en faire la demande explicite lors de la signature de la proposition. Ce document formel vous couvre immédiatement en attendant l’émission de la police définitive. C’est particulièrement crucial pour les assurances RC véhicule où le Service des Automobiles exige une attestation d’assurance électronique pour l’immatriculation.
Quelle est votre commission exacte sur ce produit ?
Un courtier indépendant et transparent doit être capable de vous indiquer le montant ou le pourcentage de sa commission. En Suisse, les commissions sur les assurances vie 3a/3b peuvent atteindre 3 à 5% du capital assuré la première année, puis 0,5 à 1% les années suivantes.
Pouvez-vous me fournir la fiche d’information produit détaillée (KID) ?
Pour les produits de prévoyance (Pilier 3a/3b), la FINMA exige une transparence sur les frais. Le document KID (Key Information Document) doit détailler les frais d’entrée, de gestion annuels, de sortie, et l’impact cumulé sur votre capital à terme.
Quels sont les frais en cas de rachat anticipé de mon assurance vie ?
Les frais de rachat peuvent être substantiels durant les premières années (souvent 100% de la valeur de rachat perdue la 1ère année). L’article 90 LCA régit ces rachats. Exigez un tableau d’évolution de la valeur de rachat année par année avant de signer.